Les Mahonnais - les Minorquins

Grâce au travail de bénédictin d'Arlette Daprés de Blangy, vous pouvez télécharger les listes d'embarquement des passagers au départ de Ciutadela (Ciutadella de menorca) et peut-être y retrouver un de vos ancêtres.

Je sais depuis longtemps qu’il n'y a rien de beau que ce qui n'est pas.

Cette citation, je l’ai apprise dans ma jeunesse et je m’en souviens toujours. J’avais même appris tout le paragraphe de Jean-Jacques Rousseau. Plus tard, j’ai su que Proust disait, lui, à sa manière : « Les vrais paradis sont les paradis qu’on a perdus ».

Sans le vouloir, j’ai mélangé la chimère et le paradis dans mes souvenirs du Cap Matifou.

Le Cap où je suis né, où je suis allé à l’école et plus tard où j’ai passé mes vacances en été. Encore aujourd’hui, le redirai-je assez, le Cap Matifou fait partie de ma vie.

Le Cap et ses habitants. Je savais par ma mère que presque tous les enfants du village étaient mes cousins à des degrés divers. Des cousins mahonnais qui portaient les noms que l’on retrouve toujours dans l’île de Minorque: Bagur, Sintes, Pons, Carreras...

Dois-je rappeler que l’île de Minorque qui s’était beaucoup développée sous le mandat anglais, ne pouvait plus nourrir tous ses habitants ? En 1833, les Baléares ont été réunies en une seule province et quatre ans plus tard, des lignes maritimes régulières les relièrent à la Péninsule, mettant un terme à leur quasi autarcie. Las, les pauvres restèrent des pauvres.

Une seule solution : L’émigration.

Ma branche minorquine appartient à l’Algérie d’autrefois, celle qui était française. Et pourtant, beaucoup de Français du XIXème siècle étaient européens et ne parlaient pas un mot de la langue de Molière. C’est l’Etat qui avait fait de leurs enfants des Français à part entière pour les avantages et les drames que pouvait offrir et créer notre pays. Des avantages ? L’école et la protection.

Quant aux drames, notre commune a été servie avec la guerre de 14-18. Les hommes qui sont revenus de Verdun ont été marqués à vie par leurs blessures. Certains restaient prostrés ou parlaient peu tandis que d’autres étaient intarissables lorsque nos parents déviaient la conversation sur l’Allemagne ; tout de suite venait se greffer l’histoire des tranchées et des bombardements.

Ah, de quelle manière, les Mahonnais ont payé leur tribut à la France ! Ceux qui ont survécu, comme de vieilles carcasses, ont repassé la Méditerranée en 1962 et ont remis les pieds sur une France ingrate où ils ont attendu la mort, souvent parmi leurs familles.

Témoin privilégié, aujourd’hui je peux écrire et raconter.

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