Septembre 1939 : les événements se précipitent. Les armées allemandes envahissent la Pologne. La mobilisation générale est affichée à la Mairie.
Le 3 Septembre la France, le Royaume-Uni et la Russie déclarent la guerre à l'Allemagne. La plupart des jeunes du Cap sont mobilisés. Je rejoins mon régiment, le 5e Régiment de Chasseurs d'Afrique à Cheval, à Alger. En France, sur le front, les communiqués annoncent tous les jours "rien à signaler". C'est ce qu'on a appelé "la Drôle de Guerre".

Pour moi aussi c'est une drôle de guerre. Mon régiment à cheval, se déplace à Fort-de-l'Eau, à 8 km du Cap. Tous les soirs je peux rentrer chez moi en autobus. Affecté à la section "transmissions" du régiment je peux constater combien nous avons de retard dans le domaine des liaisons radio.
Je comprenais qu'avec ce matériel qui datait de la guerre de 1914, on ne pouvait pas partir au front. Je l'ai encore mieux compris le 10 mai lorsque les blindés allemands ont envahi sans résistance une bonne partie de la France. Quand le Maréchal Pétain demande l'armistice c'est un peu le soulagement, mais aussi la consternation. Comment la France a-t-elle pu en arriver là ?

En cette deuxième quinzaine de juin I94O, la France vit des moments historiques. Pendu toute la journée à la radio (ce n'est plus la galène) j'entends, le I7 Juin, la voix chevrotante du Maréchal Pétain qui appelle à cesser les combats. J'écoute aussi la BBC de Londres.
Malgré les brouillages je peux me vanter d'être un des rares français à avoir entendu l'Appel du 18 Juin où le Général de Gaulle, d'une voix solennelle, demande aux Français de continuer le combat avec son empire colonial. La radio a joué un grand rôle dans ces moments tragiques. L'émission de la BBC "Les Français parlent aux Français" nous redonne un peu d'espoir et aide la résistance avec ses messages codés. Le soir, calfeutrés chez nous on écoute cette radio interdite qui nous redonne un peu le moral.C'est la fin de la troisième République. Le Gouvernement de l'Etat Français s'installe à Vichy ; les lois d'exception s'appliquent à l'Algérie. Elles visent les juifs, les francs-maçons et les étrangers. Nul ne peut entrer dans l'administration s'il n'est pas de père français. Heureusement que dans le village la majorité des gens sont français et, fiers de l'être, depuis deux générations. Le monument aux morts de la précédente guerre en témoigne.

Le 9 Janvier 1942 le Cap-Matifou est en deuil. Le fils de M. Redon, Inspecteur de l'Education Nationale (retraité à la Terre Familiale ) périssait dans le naufrage du paquebot Lamoricière près des Baléares. Parmi les 202 passagers victimes du naufrage, figurent beaucoup de pieds noirs, dont le fils Altairac de Maison-Carrée. Le navire qui faisait la ligne Alger - Marseile a été pris dans une tempête devant la côte ouest de l'Ile de Minorque. On l'a appelé le « Titanic de la Méditérranée » .